Domingo, Janeiro 22, 2012

Aprender de cor, aprender com o coração

Nous touchons là à l’essentiel : c’est le projet, l’intention, le sens, qui fondent le « par coeur », le rendent utile, le font percevoir comme nécessaire. Nul ne nie qu’il faille monter des gammes pour devenir instrumentiste. Activité fastidieuse s’il en est. Activité qui demande des efforts considérables. Mais activité qui peut prendre sens, dès lors qu’elle est articulée au projet de jouer de la musique et que l’on a entrevu, même fugacement, les satisfactions que cela peut procurer : accéder à un plaisir esthétique nouveau, faire partager une émotion, basculer dans un universo où les sacrifices consentis seront, tout à coup, transfigurés par la perfection de l’expression obtenue.
« Apprendre par coeur », c’est donc fixer son attention, pendant un temps donné, sur des mécanismes à acquérir ; c’est se livrer à des exercices qui peuvent apparaître stupides mais qui sont nécessaires dès lors qu’on a décidé d’engager une activité qui, elle, fait vraiment sens. En réalité, aucun apprentissage ne commence par le « par coeur ».


Tout apprentissage commence par un projet. Au début, il y a le désir. Imposer d’emblée le « par coeur », c’est, le plus souvent, tuer le désir, c’est éloigner l’élève des exercices auxquels on veut l’amener et dont, au contraire, il peut comprendre la nécessité dès lors qu’il sera motivé. Il faut donc réhabiliter le « par coeur » et promouvoir le sens de l’effort qui lui est attaché. Mais cela impose de renoncer au « par coeur a priori » ; cela suppose de construire des projets mobilisateurs, théâtraux ou technologiques, historiques ou scientifiques, qui fassent naître la necessite du « par coeur » et montrent aux élèves qu’il peut y avoir là, tout à la fois,
un moyen d’économiser de l’énergie et une occasion de se réaliser en mettant, en eux-mêmes, « la machine au service du projet ».

Philippe Meirieu. L’École et les parents: la grande explication
Paris: Plon

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